Une antenne permanente à Kinshasa, un comité directeur élargi à douze membres et un forum économique bilatéral en octobre 2027 : réunie en assemblée générale le 5 septembre à Luxembourg-Ville, la Chambre de Commerce Luxembourg-RD Congo a adopté un plan stratégique 2026-2027 qui engage son déploiement sur les deux rives du corridor. Le calendrier est dense, plusieurs échéances sont annoncées.
L’ouverture d’un bureau de représentation permanent à Kinshasa constitue le chantier structurant de la feuille de route validée sous la présidence de Miguel A. Muñoz Pérez. Cette présence locale doit permettre d’identifier les projets, de qualifier les partenaires et d’assurer le suivi des engagements sur le terrain, là où les chambres bilatérales se limitent souvent à des rencontres organisées depuis l’Europe.
Le comité directeur a été élargi et réorganisé en portefeuilles thématiques : implantation, projets et formation, relations avec les chambres consulaires, environnement et économie circulaire, tourisme, genre et famille, jeunesse. Selon le communiqué diffusé le 8 septembre, la Chambre se pose en « plateforme de référence » entre les entreprises, les investisseurs et les institutions des deux pays.

Le pari est celui d’un corridor d’affaires entre une place financière européenne et le premier marché d’Afrique centrale par la population, animé depuis Kinshasa autant que depuis Luxembourg.
La CCLUX-RDC s’appuie sur un réseau de sept ambassadeurs et sur un comité directeur couvrant les principaux secteurs de coopération. Après une année de structuration, elle met le cap sur son implantation en République démocratique du Congo.
Une place financière face à un marché continental
Le pari économique de la Chambre repose sur une complémentarité que ses promoteurs jugent sous-exploitée. D’un côté, le Grand-Duché, deuxième centre mondial de fonds d’investissement et point d’entrée réglementaire vers le marché européen. De l’autre, la République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt, acteur majeur du cuivre et détentrice d’un potentiel hydroélectrique parmi les plus importants du continent, mais dont les besoins en financement, en infrastructures et en transformation locale restent considérables.
Entre les deux, la CCLUX-RDC entend se poser en « plateforme de mise en relation », selon les termes du communiqué, entre entreprises, investisseurs, institutions publiques et porteurs de projets. Le document précise que la stratégie ne se limite pas à l’organisation d’événements : elle prévoit le montage de dossiers sectoriels, l’accompagnement des investissements et un dialogue suivi avec les autorités des deux pays.
Kinshasa, la pièce maîtresse du déploiement
L’ouverture d’un bureau de représentation permanent à Kinshasa constitue le chantier structurant de la feuille de route. Une task force dédiée accompagnera ce déploiement, chargée de conduire les démarches d’implantation et de veiller à la conformité du dispositif avec les standards de la Chambre de Commerce du Grand-Duché de Luxembourg comme avec le cadre applicable en République démocratique du Congo.

Une présence permanente à Kinshasa donne à la Chambre les moyens d’identifier les projets en amont, de qualifier ses partenaires et de suivre les engagements dans la durée, au rythme du terrain. C’est la condition d’une coopération continue, qui prolonge les rencontres organisées depuis l’Europe par un accompagnement quotidien des opérateurs des deux pays.
Trois séquences jusqu’à octobre 2027
Le plan s’articule en trois phases. La première porte sur la visibilité et l’ancrage réglementaire, avec un dîner de présentation et de networking envisagé dès novembre 2026, puis une sortie officielle programmée en mars 2027 sous la forme d’une conférence de presse suivie d’une rencontre économique. Une campagne et une conférence consacrées à la reconnaissance des génocides congolais, dans leurs dimensions historiques, juridiques et internationales, sont prévues en janvier 2027.
La deuxième phase est consacrée au dialogue institutionnel de haut niveau : échanges envisagés avec la Banque centrale du Congo, les autorités luxembourgeoises, le gouvernorat de Kinshasa et les ministères concernés par la coopération économique. Plusieurs visites officielles figurent au programme, mais leurs dates devront encore être négociées et confirmées, indique le document.

La troisième séquence vise l’accélération des relations d’affaires, avec un projet de foire agricole de la RDC au Benelux et, en point d’orgue, le premier Forum économique Luxembourg-RDC annoncé pour octobre 2027. Les travaux devraient porter sur les mines, les énergies renouvelables, la finance verte, la logistique, l’agriculture, les infrastructures et les investissements structurants, avec l’ambition de réunir de grandes entreprises, banques, fonds d’investissement et responsables publics des deux pays.
La culture comme levier d’influence
La feuille de route réserve une place à la diplomatie culturelle. Des soirées consacrées à la RDC sont prévues au Luxembourg, autour de la gastronomie, de la musique et de l’entrepreneuriat congolais, afin de mobiliser la diaspora et de rapprocher les milieux économiques, institutionnels et associatifs. Une approche classique des chambres bilatérales, qui misent sur la relation avant la transaction.
L’épreuve des indicateurs
La crédibilité du dispositif reposera sur des résultats mesurables. Le plan retient plusieurs indicateurs : nombre d’entreprises membres, accords bilatéraux conclus, conventions d’investissement signées, participation des autorités, retombées médiatiques et niveau d’avancement de l’implantation à Kinshasa. Des réunions de réflexion bimensuelles doivent permettre d’identifier les besoins des membres et d’ajuster les services proposés.

Présentée par Carlos K. Ketohou, conseiller spécial chargé de la stratégie de communication et du développement, la résolution finale engage les organes dirigeants à passer sans délai à la phase opérationnelle. L’Assemblée a par ailleurs enregistré la présence de Liliane Marat Massala, ancienne ambassadrice et Haute Représentante du Gabon en France et ancienne Représentante permanente auprès de l’Organisation internationale de la Francophonie, aujourd’hui engagée dans la diplomatie économique et le conseil stratégique.
Au terme de la séance, clôturée par une session de networking, la Chambre affiche l’ambition de s’imposer, au-delà du cadre associatif, comme une « institution stratégique de liaison » entre le Luxembourg, la RDC et, plus largement, les économies africaines.
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