Une candidature qui bouscule les clivages
Ancien commandant de police, Yoav Segalovitz s’est fait connaître notamment pour son travail contre le crime organisé et la corruption en Israël. Il a quitté la Knesset au début du mois d’août avant d’annoncer son arrivée sur la liste de Ra’am.
Pour expliquer son choix, l’ancien responsable met en avant une identité israélienne commune malgré les différences entre les deux communautés. « Je suis juif, sioniste, laïc, officier au sein de Tsahal et commissaire de police en Israël. Mansour est arabe, musulman pratiquant et conservateur. Ce qui nous unit, c’est que nous sommes tous deux israéliens », a-t-il expliqué.
Yoav Segalovitz estime ainsi que les divergences entre Juifs et Arabes ne doivent pas empêcher la construction d’un avenir politique commun.
Ra’am mise sur la lutte contre la criminalité
Le choix de Segalovitz répond aussi à une préoccupation majeure de la population arabe israélienne. Mansour Abbas fait de la lutte contre la criminalité organisée l’un des axes de sa campagne.
Entre janvier et août 2026, 166 personnes auraient été tuées dans des violences liées à la criminalité au sein de la société arabe israélienne, après plus de 200 morts enregistrées l’année précédente.
Le profil de Segalovitz apparaît particulièrement cohérent avec cette priorité. Durant sa carrière dans la police et son passage au gouvernement, il avait notamment travaillé sur la lutte contre le crime organisé, avec des résultats jugés encourageants.
Mansour Abbas assume cette alliance malgré les interrogations qu’elle suscite. « Je ne cherche pas quelqu’un qui me ressemble. Je cherche quelqu’un qui sait faire son travail », a-t-il expliqué pour défendre la présence de l’ancien policier sur sa liste.
Une ouverture politique après le 7 octobre
La candidature intervient dans un contexte où la coopération entre partis juifs et formations arabes est devenue beaucoup plus difficile. Après les attaques du 7 octobre 2023, les partis du centre israélien ont été confrontés à de fortes pressions politiques pour exclure les formations arabes des coalitions gouvernementales.
En avril, Naftali Bennett et Yair Lapid, qui cherchent à construire une alternative à Benjamin Netanyahu, avaient notamment exclu de leur coalition les partis considérés comme « non sionistes », parmi lesquels figurent les formations arabes.
Pour le politologue Denis Charbit, cette candidature constitue donc une rupture importante. Il y voit même une « révolution », estimant qu’elle remet en question l’idée selon laquelle une coopération politique entre Juifs et Arabes serait devenue impossible depuis le 7 octobre.
Une candidature qui pourrait peser sur l’après-Netanyahu
Au-delà du symbole, l’alliance entre Segalovitz et Abbas pourrait aussi avoir une dimension électorale. Les partis arabes pourraient jouer un rôle déterminant dans la formation d’une future majorité à la Knesset si l’opposition parvient à rivaliser avec le bloc de Benjamin Netanyahu et de ses alliés.
Un sondage réalisé le 2 septembre par Channel 13 plaçait les deux principaux blocs à égalité, avec 53 sièges chacun, tandis que les deux partis arabes totalisaient 14 sièges.
Les Arabes israéliens représentent environ 21 % de la population du pays. Ra’am pourrait obtenir entre quatre et six sièges selon les projections citées dans l’article.
La présence d’un ancien ministre juif en deuxième position sur une liste arabe pourrait ainsi contribuer à légitimer davantage la participation des partis arabes aux discussions sur une future coalition. Elle traduit surtout une tentative de dépasser les clivages communautaires dans une société profondément marquée par le conflit et les tensions politiques.
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