Dans la ville de Namanga, à cheval sur la frontière entre la Tanzanie et le Kenya, les affrontements entre manifestants et forces de l’ordre tanzaniennes ont entraîné la fermeture temporaire du poste-frontière. Des témoins affirment que des grenades lacrymogènes ont été tirées du côté tanzanien jusque sur le territoire kényan, provoquant la panique parmi les habitants et les voyageurs.
« On a dû se réfugier dans les boutiques, la fumée traversait la frontière », raconte Joseph Mwangi, commerçant kényan bloqué sur place.
Un commerce paralysé, des civils pris au piège
Les échanges commerciaux, vitaux pour les communautés des deux côtés de la frontière, sont à l’arrêt. Des camions de marchandises et des dizaines de voyageurs restent immobilisés alors que les autorités des deux pays tentent de contenir la crise.
Ces tensions frontalières surviennent dans un contexte de manifestations nationales qui ont éclaté mercredi à la suite d’un scrutin jugé ni libre ni équitable par plusieurs observateurs internationaux.
Selon Amnesty International, deux personnes, dont un policier, ont perdu la vie lors des heurts du 30 octobre. Le gouvernement tanzanien n’a, pour l’heure, fait aucune déclaration officielle sur le bilan humain.
Une élection verrouillée et une opposition marginalisée
Le parti au pouvoir Chama Cha Mapinduzi (CCM), aux commandes depuis l’indépendance en 1961, a été accusé de verrouiller le scrutin.
Les principaux leaders de l’opposition ont été écartés de la course présidentielle, laissant la présidente sortante Samia Suluhu Hassan affronter 16 candidats de petits partis, peu visibles pendant la campagne.
D’après les premiers résultats communiqués par la télévision d’État, Mme Hassan recueillerait 96,99 % des suffrages dans 8 des 272 circonscriptions dépouillées.
Des réactions internationales préoccupées
Le Parlement européen a dénoncé jeudi un scrutin « ni libre ni équitable », appelant les partenaires de la Tanzanie à « défendre fermement la démocratie et les droits humains ».
Dans le pays, les tensions restent palpables. Plusieurs villes, dont Arusha, Dodoma et Dar es Salaam, ont connu des scènes de chaos avec incendies de bus, attaques de commissariats et destructions de bureaux de vote.
Pour de nombreux Tanzaniens, ce climat post-électoral rappelle les heures sombres des précédents scrutins, dans un pays longtemps présenté comme un havre de stabilité politique en Afrique de l’Est.
« Nous voulons juste que notre voix compte », confie Mariam Nchimbi, jeune manifestante à Dodoma. « Ce n’est pas seulement une élection, c’est notre avenir. »
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