Les élections législatives et présidentielle ont été émaillées d’affrontements dans plusieurs régions du pays, notamment à Dar es Salaam et Zanzibar. L’opposition tanzanienne avance le chiffre de près de 2 000 morts, un bilan qu’il reste toutefois impossible de confirmer de manière indépendante.
Au-delà des violences elles-mêmes, c’est désormais l’absence de corps qui ravive la douleur des familles, contraintes d’un deuil sans sépulture.
“On m’a dit que son corps avait été transféré à la morgue”
À Dar es Salaam, une jeune femme, dont le compagnon a été tué par balle le jour du vote, raconte au micro de nos confrères de RFI un parcours marqué par l’incompréhension et la peur.
« On m’a dit que son corps avait été transféré à la morgue. J’ai ressenti un soulagement, pensant qu’il serait conservé », confie-t-elle sous couvert d’anonymat.
Mais dès le lendemain, le couvre-feu imposé par les autorités a empêché toute recherche. « Quand son frère a enfin pu s’y rendre, on lui a dit que la dépouille ne s’y trouvait pas », poursuit-elle. Depuis, la famille demeure sans réponse, ni trace du corps du jeune homme.
Enterrements secrets et climat de peur
Plusieurs organisations de défense des droits humains évoquent des disparitions forcées et dénoncent un climat de terreur empêchant les familles d’exiger la vérité. Des sources locales accusent l’armée d’avoir enterré des corps sans identification, possiblement pour effacer les traces de la répression.
« L’armée nous a dit que certains corps avaient été enterrés par le gouvernement, que ce n’était pas la peine de chercher », témoigne la jeune femme. « On a prié pour lui. J’ai l’impression qu’il a été enterré comme un animal, sans être lavé, couvert de sang. C’est terrible. »
Un deuil suspendu
Dans un pays où les autorités gardent le silence, ces récits se multiplient, alimentant la colère et la douleur. Pour de nombreuses familles tanzaniennes, la répression post-électorale ne s’est pas seulement traduite par la perte d’un proche, mais aussi par l’impossibilité du deuil.
Un vide humain et symbolique qui, au-delà des chiffres, illustre l’une des pages les plus sombres de l’histoire politique récente de la Tanzanie.
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