Selon Amnesty, les forces de l’ordre ont utilisé des balles réelles contre des manifestants, y compris lors de rassemblements pacifiques, et se seraient rendues coupables de violences systématiques. Des cadavres auraient également été emportés par les forces de sécurité, un fait qualifié de « choquant et inacceptable » par l’organisation.
« Ces actes témoignent d’un mépris alarmant pour le droit à la vie et la liberté de réunion pacifique », a déclaré Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
Des tirs visant à tuer, selon l’ONG
Le rapport décrit une répression d’une brutalité rare. Amnesty affirme que plusieurs manifestants ont été touchés à la tête, à la poitrine ou à l’abdomen, des impacts laissant supposer une intention de tuer. L’organisation parle d’un « recours à une force meurtrière illégale », qualifiée d’« injustifiée et disproportionnée ».
Pour étayer ses conclusions, Amnesty International s’appuie sur 35 entretiens menés auprès de victimes, de témoins et de soignants, ainsi que sur l’analyse de dizaines de vidéos et de photographies authentifiées. L’ONG affirme que les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des personnes ne représentant aucune menace, touchant parfois de simples passants. Des tirs de gaz lacrymogènes auraient également visé des zones résidentielles, jusque dans des habitations, tandis que l’accès aux soins aurait été refusé à certains blessés.
Hôpitaux débordés et morgues saturées
Dans plusieurs hôpitaux de Dar es-Salaam, Arusha et Mwanza, des professionnels de santé interrogés par Amnesty font état d’un nombre inédit de blessés par balles. Faute de capacité suffisante dans les morgues, des corps auraient été entassés ou laissés à l’extérieur. Des images vérifiées par l’ONG montrent au moins 70 cadavres à la morgue de l’hôpital de Mwananyamala, à Dar es-Salaam.
« Je n’avais jamais vu cela. Les corbeaux dévoraient la chair des cadavres », témoigne un soignant cité dans le rapport.
Amnesty International dénonce également des cas de torture et de mauvais traitements. Plusieurs familles affirment n’avoir jamais pu récupérer les corps de leurs proches, certaines ayant été contraintes d’enterrer des vêtements ou une photographie du défunt, faute de dépouille.
Appels à des enquêtes indépendantes
Face à l’ampleur des accusations, le président tanzanien a annoncé, le 14 novembre, la création d’une commission d’enquête sur les homicides de manifestants. Une initiative jugée insuffisante par de nombreuses organisations de la société civile, qui s’inquiètent du manque d’indépendance de cette commission.
Amnesty International appelle à l’ouverture d’enquêtes « indépendantes, impartiales et transparentes » afin d’établir les responsabilités et de garantir justice aux victimes. À ce stade, les autorités tanzaniennes n’ont pas répondu aux sollicitations de l’ONG.
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