Banquiers centraux, économistes et décideurs africains suivent de près l’évolution de la situation, conscients que la prolongation du conflit pourrait bouleverser les marchés, ralentir les investissements et accentuer la vulnérabilité des populations.
Aujourd’hui, L’Express 24 s’intéresse aux conséquences possibles de cette guerre pour l’Afrique à travers l’analyse d’experts et de responsables issus du continent et du monde. Leurs témoignages permettent de mieux comprendre les enjeux et d’évaluer les mesures à adopter pour limiter l’impact de ce conflit sur les économies et les citoyens africains.
Les conséquences potentielles se déclinent en sept points majeurs :
1. Perturbations des chaînes d’approvisionnement agricoles
Manuel Tiago Dias, gouverneur de la Banque centrale d’Angola, met en garde contre les effets immédiats sur l’agriculture. Selon lui, la guerre risque d’interrompre l’acheminement des intrants essentiels et des engrais. « Ces risques proviennent principalement d’une possible prolongation de la guerre au Moyen-Orient, qui pourrait affecter les chaînes de distribution, en particulier les intrants agricoles et les engrais », explique-t-il. Pour les pays dépendant des importations agricoles, cette situation pourrait se traduire par des pénuries et une hausse des prix des denrées alimentaires, fragilisant la sécurité alimentaire et accentuant les inégalités rurales.
2. Transmission de la hausse des prix mondiaux
Razia Khan, chef économiste pour le Moyen-Orient et l’Afrique chez Standard Chartered, alerte sur les répercussions de l’inflation importée. « Les banques centrales devront évaluer comment la hausse des prix mondiaux se répercute sur nos économies », souligne-t-elle. Les produits pétroliers, le gaz et les engrais deviennent plus chers, augmentant le coût de la vie et limitant la capacité des États à investir dans des projets sociaux et économiques essentiels. Les populations africaines, particulièrement sensibles à la flambée des prix, pourraient ressentir directement cette inflation sur leur quotidien.
3. Incertitude économique prolongée
Dr Michael Atingi-Ego, Gouverneur de la Banque de l’Ouganda (BoU) rappelle que le climat économique mondial est désormais dominé par l’incertitude. « Les périodes d’incertitude accrue sont une caractéristique majeure du paysage économique mondial et représentent un défi inédit pour les banques centrales », indique-t-il. Cette volatilité pourrait ralentir les investissements étrangers et compromettre les projets de développement locaux, accentuant la fragilité des économies africaines déjà confrontées à des chocs externes.
4. Ajustements des politiques monétaires
Les analystes financiers de Standard Chartered et de JPMorgan expliquent que la guerre en Iran a conduit plusieurs pays africains à revoir leurs prévisions de baisse des taux d’intérêt. « À l’exception de l’Angola, nous avons réduit l’ampleur des baisses de taux initialement prévues », déclarent-ils. Cette prudence reflète la nécessité d’adapter les politiques monétaires à une situation internationale instable, où l’inflation importée et la volatilité des marchés financiers constituent des menaces constantes pour la croissance économique.
5. Vulnérabilité énergétique et alimentaire
Wandile Sihlobo, Svein Tore Holsether et Bilal Bassiouni tous des experts internationaux cités par The Guardian mettent en évidence la dépendance de l’Afrique aux importations d’énergie et d’engrais. « Les pays africains sont particulièrement exposés en raison de leur forte dépendance aux importations d’engrais et d’énergie », soulignent-ils. Une hausse des prix du pétrole et du gaz, combinée à des difficultés d’acheminement des denrées alimentaires (avec la fermeture du détroit d’Ormouz), pourrait aggraver les déficits commerciaux et fragiliser les budgets publics. Les pays importateurs de matières premières essentielles devront trouver des alternatives pour limiter les impacts sur leurs économies.
6. Pression sur les déficits externes
Le ministre des Finances de l’Afrique du Sud, Enoch Godongwana détaille les conséquences sur les comptes nationaux. « Chaque augmentation de 20 dollars du prix du pétrole ajoute environ 1 % de déficit des comptes courants », précise-t-il. Cette situation pourrait accroître l’endettement extérieur, limiter les investissements publics et créer des tensions sur les monnaies locales. Les gouvernements devront adopter des stratégies financières résilientes pour protéger leurs économies et éviter que les déficits ne se traduisent par une baisse du niveau de vie des populations.
7. Frein à la croissance et contraintes sur les politiques publiques
La combinaison de ces effets pourrait ralentir la croissance économique sur le continent et limiter la marge de manœuvre des gouvernements. Les États africains devront jongler entre la gestion des chocs externes et la mise en œuvre des projets de développement. La sécurisation des approvisionnements en énergie et en nourriture, la diversification des sources d’importation et la coopération régionale apparaissent comme des solutions prioritaires pour réduire la vulnérabilité des populations et maintenir la stabilité économique.
Face à ces multiples défis, l’Afrique se retrouve à un carrefour critique. Les perturbations économiques, la hausse des prix et les tensions géopolitiques exigent des gouvernements et des acteurs économiques vigilance et réactivité. Les experts soulignent que les décisions prises dans les prochains mois détermineront la résilience des pays africains face à ce conflit lointain mais profondément impactant. L’heure est à l’anticipation, à la coopération régionale et à l’adaptation rapide pour protéger les populations et maintenir la stabilité économique.
Afrique
Europ et Moyen-Orient
Amériques
Asie










