Lors de rencontres régulières avec la presse et la société civile, Patrice Talon a lancé un défi clair : « La Constitution béninoise est aujourd’hui tellement verrouillée qu’aucun Béninois, moi y compris, ne pourra exercer plus de deux mandats présidentiels dans sa vie. » Une déclaration forte dans une région où l’exercice du pouvoir est souvent conçu comme une rente, sinon un destin à vie.
» Nous sommes de passage, il faut préserver l’unité des peuples afin que les esprits plus éclairés que nous viennent continuer ce que nous n’avons pas pu faire » a lancé le Président dans une de ses dernières rencontres avec la cadres du pays.
Une exception qui intrigue et inspire
L’attitude du président béninois tranche nettement avec celle de plusieurs de ses homologues ouest-africains. En Côte d’Ivoire, au Togo, au Sénégal jusqu’à récemment, les modifications constitutionnelles ont permis à des dirigeants de briguer un troisième mandat, provoquant crises politiques et tensions sociales. Dans d’autres pays comme le Mali, la Guinée ou le Burkina Faso, les coups d’État militaires ont mis fin à des régimes usés, mais sans garantir un retour rapide à l’ordre constitutionnel.
Dans ce paysage troublé, le Bénin fait figure d’exception. Patrice Talon, élu en 2016, réélu en 2021, s’apprête à quitter le pouvoir au terme de dix années d’un mandat doublement transformateur. Il aura misé sur la rigueur administrative, la lutte contre la corruption, une politique économique volontariste et un vaste programme de modernisation des infrastructures. Malgré les critiques liées au rétrécissement de l’espace politique et à l’essor d’une gouvernance jugée verticale, le bilan globalement positif du président Talon inspire. Jusqu’au ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, qui n’a pas caché son admiration en déclarant publiquement que : « le travail que fait le président Patrice Talon est formidable. Il travaille pour son peuple. Il est à féliciter, je suis très sincère.» Une déclaration qui défraie la chronique dans pays.
Le Bénin, bastion de l’alternance
Le Bénin, qui avait déjà ouvert la voie au multipartisme à la conférence nationale de 1990, confirme son rôle de laboratoire démocratique de l’Afrique francophone. L’alternance, principe longtemps fragile dans la région, semble s’y ancrer durablement. Talon a résisté à la tentation du troisième mandat. Il s’est même employé à rendre toute tentative future de prolongation constitutionnellement impossible.
Un verrouillage salutaire, qui contraste avec les contorsions juridiques observées dans d’autres États membres de la CEDEAO, où la manipulation des lois fondamentales devient une stratégie de survie politique. L’organisation sous-régionale, autrefois pionnière en matière de prévention des crises, peine aujourd’hui à imposer une norme démocratique stable. Entre régimes militaires de transition prolongée et présidents à vie de fait, l’espace CEDEAO vacille.
Une alternance à préparer, un héritage à préserver
Patrice Talon part, mais son départ est un test. Le prochain scrutin devra se dérouler dans la transparence et permettre une transmission de pouvoir dans le respect de l’esprit républicain. Car la plus grande réussite d’un dirigeant démocrate n’est pas de transformer son pays seul, mais de rendre cette transformation irréversible.
À l’image du Ghana, voisin anglophone, où la succession politique s’effectue régulièrement sans heurts, ou du Nigeria, qui malgré ses fragilités, continue de respecter le principe de l’alternance, le Bénin se rapproche d’un idéal africain encore trop rare : un État où la stabilité ne dépend pas d’un homme, mais d’institutions solides et d’un contrat social respecté.
En quittant le pouvoir de son plein gré, Patrice Talon ne fait pas que respecter une promesse : il réaffirme, dans une Afrique francophone souvent en panne d’alternance, que la démocratie n’est pas une utopie, mais une volonté politique.
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