Le gouvernement de Bamako accuse le journal panafricain d’« apologie du terrorisme », de « diffamation » et d’« incitation à la haine », des griefs que Jeune Afrique rejette fermement. Les autorités invoquent la nécessité de préserver l’ordre public dans un pays dirigé par des militaires depuis les coups d’État de 2020 et 2021.
Des accusations liées à la crise du carburant
Selon le communiqué officiel, la décision s’appuie notamment sur des articles jugés « fallacieux et subversifs » par le pouvoir, en lien avec la crise de l’approvisionnement en hydrocarbures qu’a connue le Mali à l’automne 2025. À cette période, le pays avait été frappé par une grave pénurie de carburant, conséquence d’un blocus imposé par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
Le 15 janvier, Jeune Afrique avait publié un article analysant les difficultés rencontrées par les autorités de transition pour répondre à cette crise, évoquant notamment un dispositif sécuritaire lourd et coûteux pour l’escorte des convois de carburant. Le gouvernement estime que ces publications relèvent de l’« apologie du terrorisme », une qualification vivement contestée par la rédaction du média.
Mise en cause de l’Alliance des États du Sahel
Les autorités maliennes reprochent également à Jeune Afrique d’avoir relayé des allégations d’exactions visant des civils, imputées aux forces de sécurité et aux autorités de l’Alliance des États du Sahel (AES), qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Bamako dénonce des faits de diffamation et d’incitation à la haine, sans toutefois fournir de précisions supplémentaires.
Depuis l’arrivée au pouvoir du général Assimi Goïta, le Mali fait face à une insécurité persistante alimentée par les violences des groupes jihadistes liés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique, ainsi que par des conflits communautaires. Dans ce contexte, l’armée malienne et ses alliés russes d’Africa Corps sont régulièrement accusés par des ONG et des organisations internationales de violations des droits humains, des accusations systématiquement démenties par les autorités.
Une liberté de la presse de plus en plus restreinte
Cette interdiction s’inscrit dans une série de mesures restrictives visant les médias indépendants, en particulier étrangers. Plusieurs organes de presse ont été suspendus ou interdits, tandis que des journalistes ont été arrêtés, réduits au silence ou contraints à l’exil, faute d’autorisation officielle pour exercer.
Dans une réaction officielle, la direction et les rédactions de Jeune Afrique Media Group dénoncent une décision « arbitraire et archaïque », estimant qu’elle porte atteinte au droit des citoyens maliens à une information pluraliste. Le média conteste les arguments d’« ordre public » avancés par les autorités, qu’il qualifie de « parfaitement fallacieux », et annonce qu’il entend revenir en détail sur cette décision de censure.
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