Depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu à Gaza, près de 200 000 déplacés palestiniens ont commencé à regagner le nord de l’enclave. Dans ce contexte, le plan de paix soutenu par Donald Trump franchit une étape décisive : la libération des derniers otages détenus par le Hamas.
Selon les autorités israéliennes, 250 détenus dits “de sécurité” figurent parmi les prisonniers sur le point d’être libérés. Leurs noms ont été rendus publics le vendredi 10 octobre, suscitant à la fois espoir et inquiétude.
À Tel-Aviv, entre colère et résignation
À Tel-Aviv, la population reste divisée. « Non, je ne l’aime pas ! Il a fait toutes les erreurs possibles dans ce dossier », lâche Dina, retraitée, en parlant de Benyamin Netanyahu.
Comme elle, beaucoup d’Israéliens accusent leur Premier ministre d’avoir retardé les négociations avec le Hamas. « Plus le temps passe, plus le rapport entre le nombre d’otages et le nombre de prisonniers libérés augmente. On en revient au cas de Gilad Shalit », se souvient-elle, évoquant l’échange de 2011 qui avait vu un soldat israélien contre plus de 1 000 prisonniers palestiniens.
Des libérations controversées
Parmi les prisonniers appelés à être libérés figurent des noms connus des services israéliens : Iyad Abu al-Rub, un commandant du Jihad islamique impliqué dans plusieurs attentats-suicides, ou encore un membre du Fatah responsable d’une attaque en 2009.
Selon la presse israélienne, onze détenus supplémentaires ont été ajoutés in extremis à la liste, dont un homme impliqué dans le lynchage de deux soldats israéliens à Ramallah en 2000.
À l’inverse, Marwan Barghouti, figure emblématique du mouvement palestinien modéré et partisan d’une solution à deux États, n’y figure pas.
« Remplacer les modérés par les terroristes les plus coriaces est une terrible erreur », déplore un haut responsable israélien cité par Haaretz, dénonçant une décision motivée par des considérations politiques plus que stratégiques.
“Le prix de la paix est lourd”
Pour Yael, originaire d’un kibboutz proche de Gaza, l’annonce a un goût amer :
« C’est dur, car chacun d’entre eux a tué des Juifs. Mais si cela permet le retour des otages, alors peut-être que notre pays pourra commencer à guérir. Le prix à payer est très lourd, mais il faut parfois savoir lâcher prise. »
Des mots qui traduisent la fatigue d’un peuple déchiré entre douleur et espoir.
Côté palestinien, joie et incertitudes
En Cisjordanie comme à Gaza, la nouvelle est accueillie avec ferveur, mais aussi avec prudence. Où iront ces prisonniers ? Seront-ils autorisés à retourner chez eux ou envoyés à l’étranger, comme cela s’est déjà produit ?
Pour Bassam, ancien détenu, cette libération est une victoire morale :
« Ces gens sont la véritable richesse du peuple palestinien. Nous les connaissons tous, ce sont des combattants. »
Mais tout le monde ne partage pas cet enthousiasme. Une jeune lycéenne de Ramallah dénonce une « injustice » :
« Nos prisonniers souffrent depuis plus de vingt ans. Aujourd’hui, nous devrions pouvoir célébrer leur retour, comme les Israéliens célèbrent le leur. »
D’autres, plus pragmatiques, appellent à l’exil pour éviter de nouvelles arrestations. « S’ils reviennent en Cisjordanie, ils seront de nouveau arrêtés. Ailleurs, ils pourront enfin être libres », confie un commerçant de Naplouse.
Entre calculs politiques et émotions humaines
Cet échange massif, le plus important depuis 2011, illustre une fois encore le paradoxe du conflit israélo-palestinien : chaque geste d’ouverture porte en lui la promesse d’un apaisement… et le risque d’une nouvelle fracture.
À Gaza comme à Tel-Aviv, beaucoup espèrent désormais que cette opération marquera le début d’une véritable trêve durable et non une énième parenthèse dans un cycle de guerre sans fin.
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