Alors que plusieurs dirigeants européens ont privilégié un ton mesuré afin d’éviter une escalade des tensions transatlantiques, le chef de l’État français a, lui, opté pour une réponse directe et sans ambiguïté. S’exprimant au Forum économique mondial de Davos, Emmanuel Macron a prévenu que la France et l’Union européenne n’accepteraient pas « passivement la loi du plus fort », au risque, selon lui, de conduire à leur « vassalisation ».
Défense de la souveraineté et de l’État de droit
Le président français a insisté sur la volonté européenne de défendre la souveraineté territoriale, l’État de droit et le multilatéralisme, dans un contexte international qu’il juge marqué par un glissement vers un monde sans règles. L’Union européenne dispose, selon lui, de leviers de riposte, notamment commerciaux, si les pressions américaines devaient se confirmer.
« Nous préférons le respect à l’intimidation, et l’État de droit à la brutalité », a martelé Emmanuel Macron devant un auditoire attentif. Selon les confrères de BFM, lors de son discours, le président portait des lunettes de soleil, l’Élysée précisant qu’il s’agissait de protéger ses yeux à la suite d’un vaisseau sanguin éclaté.
Cette prise de parole intervient après une série de déclarations offensives de Donald Trump, qui a notamment menacé d’imposer des droits de douane exorbitants sur le vin et le champagne français, tout en publiant des messages privés échangés avec Emmanuel Macron, une pratique inhabituelle et vivement critiquée dans les usages diplomatiques.
Un bras de fer commercial en perspective
Dès samedi, Donald Trump avait annoncé son intention d’imposer, à compter du 1er février, une série de droits de douane progressifs sur plusieurs alliés européens, dont la France, tant que les États-Unis ne seraient pas autorisés à acquérir le Groenland. Une démarche dénoncée par plusieurs capitales européennes comme une forme de chantage politique.
À Davos, Emmanuel Macron a jugé « fondamentalement inacceptable » l’« accumulation sans fin » de nouvelles barrières douanières, en particulier lorsqu’elles sont utilisées comme instrument de pression sur la souveraineté territoriale.
Face à cette situation, les dirigeants de l’Union européenne ont décidé de se réunir jeudi soir à Bruxelles, lors d’un sommet d’urgence consacré au Groenland. Parmi les options envisagées figure la remise en œuvre de droits de douane sur 93 milliards d’euros de produits américains, suspendus après un accord commercial conclu l’été dernier.
Emmanuel Macron a également évoqué la possibilité, encore jamais utilisée, de recourir à l’instrument anti-coercition de l’UE, surnommé le « bazooka commercial », qui permettrait de restreindre l’accès des États-Unis aux marchés publics européens ou de limiter certains services, notamment dans le secteur technologique.
Des relations transatlantiques fortement dégradées
Les relations entre Donald Trump et l’Europe se sont nettement détériorées depuis l’annonce de ses ambitions sur le Groenland, territoire stratégique appartenant au Danemark, membre de l’OTAN. Cette crise a provoqué des remous dans l’industrie européenne et des secousses sur les marchés financiers.
Le président américain a également vivement réagi au refus de la France de rejoindre le Conseil de la paix, une nouvelle organisation internationale qu’il souhaite diriger. Paris s’inquiète de l’impact potentiel de cette structure sur le rôle des Nations unies.
Interrogé à ce sujet, Donald Trump a menacé d’imposer une taxe de 200 % sur les vins et champagnes français, tout en affirmant que la France finirait par rejoindre cette instance.
Publication de messages privés et absence de rencontre à Davos
Quelques heures plus tard, Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social une capture d’écran d’un échange privé avec Emmanuel Macron, dont l’authenticité a été confirmée par une source proche du président français. Dans ce message, Emmanuel Macron s’interrogeait sur la position américaine au Groenland et évoquait l’idée d’un sommet du G7 élargi, incluant la Russie et d’autres pays.
Emmanuel Macron a par ailleurs confirmé qu’aucune rencontre avec Donald Trump n’était prévue à Davos, indiquant qu’il n’entendait pas prolonger son séjour jusqu’à l’arrivée du président américain mercredi.
Président depuis 2017, Emmanuel Macron, dont le mandat s’achèvera en 2027, entretient avec Donald Trump une relation faite de dialogue direct, de tensions et de phases d’apaisement. Des responsables français soulignent que cette fermeté lui vaut aujourd’hui d’être une cible politique privilégiée.
« En prenant la tête de la résistance, la France devient une cible », a résumé auprès de Reuters Pieyre-Alexandre Langlade, député de la majorité présidentielle.
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