RFI : La fusillade qui a ciblé la communauté juive à Sydney ce dimanche 14 décembre et fait au moins 16 morts, dont un assaillant, et est la plus meurtrière dans le pays depuis près de 30 ans. Quel sentiment domine chez vous au lendemain de cet effroyable événement, qualifié de « terroriste » et d’ « antisémite » par les autorités ?
David Bright : Je suis absolument choqué. Incroyablement choqué. Cela fait près de 30 ans que notre pays n’avait pas connu un événement de cette ampleur, impliquant l’utilisation d’armes à feu dans un lieu public pour tuer des innocents. Je pense qu’au cours des 30 dernières années, on se sentait généralement protégés de ce type d’événements, notamment grâce à la législation assez restrictive que nous avons ici en Australie en matière d’armes à feu.
Depuis 1996 et le massacre de Port Arthur, en Tasmanie, l’Australie est parvenue à diminuer drastiquement le nombre de tueries de masse. Comment expliquer que le pays soit parvenu à ce résultat, et à parfois être cité comme modèle en matière de gestion des armes à feu ?
Des réflexions sur des changements dans notre législation sur les armes à feu ont eu lieu dans les années 80 et 90, lorsque plusieurs fusillades de masse sont survenues dans des lieux publics. Le massacre de Port Arthur en avril 1996, qui a fait 35 morts, abattus par un seul tireur, a été un événement majeur qui a vraiment changé l’opinion publique nationale et qui a déclenché ces changements très importants dans notre législation sur les armes à feu.
L’un des défis ici en Australie est que nous avons un système de gouvernement fédéral. Nous avons donc des États et des territoires qui régissent tous leurs propres lois. À l’époque, John Howard, qui était Premier ministre, a donc réuni les États et les territoires et a facilité la conclusion d’un accord national sur les armes à feu, dans lequel chacun des États et territoires a accepté de modifier sa législation afin d’harmoniser les réglementations sur les armes à feu. Cet accord prévoyait notamment des restrictions sur certains types d’armes et l’introduction d’un système de permis clair selon lequel, on devait avoir une raison valable et spécifique de posséder une arme à feu et un besoin réel de posséder un type d’arme à feu spécifique.
Il y avait donc un ensemble de restrictions importantes. Nous avons aussi mis en place des programmes de rachat dans le cadre desquels les personnes possédant des armes à feu pouvaient les remettre au gouvernement et étaient indemnisées en échange. Nous avons mis en place plusieurs programmes de rachat et d’amnistie au cours des deux dernières décennies dans le cadre d’une initiative nationale visant à instaurer des exigences plus restrictives en matière d’armes à feu.
À quel point ces mesures ont été efficaces ? Le sont-elles toujours autant ?
Elles sont efficaces et elles ont toujours été efficaces. Comme je l’ai dit, cela fait 30 ans que nous n’avons pas eu à faire face à une fusillade comme celle-ci. Cela dit, il y a eu récemment quelques discussions au sujet des lois sur les armes à feu. Certaines législations ont été assouplies dans certains États et territoires. Nous avons assisté à un mouvement de petits partis politiques qui défendent les droits des chasseurs et des propriétaires d’armes à feu. Et ils ont évidemment plaidé en faveur d’un assouplissement de certaines restrictions, ce qui s’est produit dans certains États.
Il semble que l’un des tireurs de Bondi possédait des permis pour plusieurs armes à feu chez lui. Est-il courant en Australie de détenir plusieurs armes à feu chez soi ?
C’est une très bonne question, qui concerne les permis, le nombre d’armes à feu que ces personnes possédaient et les raisons pour lesquelles elles avaient ces armes. Je pense que tout cela fera l’objet d’un examen approfondi. Un rapport a été publié l’année dernière par l’Australia Institute, qui a recueilli des données auprès de chaque État sur les armes à feu autorisées. L’une des conclusions est que le nombre de personnes possédant un permis de port d’arme à feu en Australie a diminué de moitié environ, tandis que le nombre d’armes à feu a lui augmenté. En d’autres termes, si le nombre de propriétaires d’armes à feu titulaires d’un permis a baissé, le nombre moyen d’armes à feu détenues par chacun de ces propriétaires a augmenté. Cela fera sans aucun doute partie du processus visant à déterminer ce qui n’a pas fonctionné et les domaines dans lesquels il faudrait peut-être renforcer les restrictions en matière d’accès aux armes à feu en Australie.
En mars 2025, vous appeliez à un meilleur suivi et traçage des armes à feu légales et illicites dans le pays. Les législations pourraient-elles donc encore être renforcées en Australie ? Si oui, comment ?
Nous avons un cadre très restrictif en matière d’armes à feu ici en Australie, qui a bien fonctionné, mais il existe évidemment des lacunes et des domaines qui doivent être renforcés. Ma déclaration visait à soutenir la création d’un Registre national sur les armes à feu, qui permettrait de suivre et de tracer plus efficacement les armes à feu dans tous les États et territoires. Un incident particulièrement grave s’est produit en décembre 2022, lorsque des policiers se sont rendus dans une propriété du Queensland et ont été tués par arme à feu. Ils ne savaient pas que les occupants de cette propriété étaient armés, en partie à cause de ces problèmes de communication entre les différents États.
Je pense également que ce registre national devrait inclure les questions relatives aux armes à feu volées ou aux armes à feu qui ont potentiellement été vendues sur le marché noir ou illégal. Des mesures sont actuellement prises pour mettre en place un registre national des armes à feu, mais il ne verra probablement pas le jour avant 2028. C’est donc un domaine dans lequel nous pouvons nous améliorer, et le gouvernement sait qu’il peut faire mieux.
L’autre question qui a été discutée récemment est la possibilité pour les propriétaires d’armes à feu de posséder plusieurs armes. L’Australie-Occidentale est aujourd’hui le seul État du pays à imposer des limites spécifiques au nombre d’armes à feu que les titulaires d’un permis peuvent posséder.
Pensez-vous que l’attaque de ce dimanche va conduire à une réflexion avancée sur une révision des législations sur les armes à feu ?
Je pense que ce qu’il faut faire, maintenant, c’est examiner très attentivement et objectivement ce qui s’est passé ce dimanche. Il faut notamment savoir comment ces personnes ont eu accès à des armes à feu, si elles avaient des permis, si elles avaient enregistré leurs armes, si elles possédaient des armes illégales, quelle était la véritable raison ou la nécessité d’avoir ces armes à feu…
Une fois que ce sera fait, nous pourrons vraiment commencer à nous interroger sur ce qui n’a pas fonctionné, ce qui pourrait être amélioré ou renforcé, et où ces changements doivent être apportés. Je pense qu’il serait problématique de prendre des mesures avant de connaître tous les détails de cette affaire. Nous devons attendre de voir comment l’enquête se déroule et en savoir plus sur ce qui s’est réellement passé en ce qui concerne ces armes à feu.
Source: Rfi
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